kurugama
Un four à céramique dans une carcasse de voiture pour raconter l'histoire des potiers d'Accolay.
mars & juillet 2021

Katherine Ball
artiste-chercheur

Claire Boitel
graphiste / céramiste

Hervé Coqueret
cinéaste

Clara Denidet
artiste

Alexis de Raphelis
artiste

Judith Lasry
céramiste

Christophe Léger
céramiste

Mathieu Paradas‑Arroyo
ingénieur / designer

Arthur Pocheron
designer

Matthew Raw
artiste / céramiste

Corinne Scapin
artiste

Ludivine Sibelle
cinéaste / photographe

Benoît Verjat
chercheur / designer
Kurugama sera présenté à l’occasion de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2021.
Conception, réalisation, production / Alexis de Raphelis et Benoît Verjat
Création céramique et construction du four /
Matthew Raw, Christophe Léger, Claire Boitel, Clara Denidet, Corinne Scapin, Judith Lasry, Mathieu Paradas-Arroyo, Juliette Almeida, Arthur Pocheron, Hervé Coqueret, Benoît Dattez et Katherine Ball.
Caméra / Ludivine Sibelle
Avec l’aide précieuse de Dominique Helleboid, Lucien Petit, Alain Thenot, Kelly Fené, Anthony Bourahli, Pierre Kremer, Camille Tréhout, Pierre Breteau, Amandine Brunet, José Pereira et Thomas Cormier.
Avec le soutien du Ministère de la Culture (DRAC BFC), de la région Bourgogne-Franche-Comté, du DICRéAM, dispositif du CNC et de l’association 47-2.
Hiver 2018, une voiture brûlée trône sur les bords de Loire. Sa combustion a atteint une température proche de celle d’un four anagama en fonctionnement : 1200°. Sur le capot se dessinent des paysages apparus à la cuisson qui rappellent l’aspect des pièces cuites dans ces fours à cuisson longue. La voiture apparaît désormais à l’état carbonique. Elle n’est plus l’objet de consommation pour lequel on a inventé la production « à la chaîne », mais une pièce unique, objet-témoin d’une transition.
Kurugama est la contraction en japonais de kuruma 車 / voiture et anagama 穴窯 / « four-trou », un four à bois couché utilisé au Japon dans la fabrication d’objets en terre cuite. À l’occasion d’un moment collectif, une voiture devient un four dans lequel sont cuites des pièces en terre, dont certaines sont façonnées à partir de pièces automobiles détachées. Les gestes, l’expérience de la matérialité, les rencontres générées, visent à reconnecter les participants aux techniques qui composent leur quotidien par la transformation manuelle d'un objet industriel usuel. La voiture est, elle, dotée d’une nouvelle fonction – une vie après la mort –, où elle permet la cuisson d’objets en terre dans un processus de transition et de renaissance. C’est une traversée de l’histoire de la technique qui part de la terre, première matière transformée par l’homme à l’aide du feu, et va à l’automobile, icône de la modernité. Tout cette expérience est nourrie par le re-enactement de l’histoire des potiers d’Accolay.
1. Le façonnage des pièces accompagné du céramiste Matthew Raw
Ensemble, nous récupérons des pièces détachées chez Auto Pièces 58. Nous les observons, les trions, afin d'en sélectionner certaines pour façonner des pièces en terre et/ou fabriquer des outils. Le façonnage des pièces nous permet d'essayer de nouveaux gestes et techniques, mais aussi éventuellement des fonctions pour les objets qu’ils fabriquent. Ce rituel évoque ce que les Hauka dans Les Maîtres Fous (1955) de Jean Rouch appellent « les dieux nouveaux, les dieux de la ville, les dieux de la technique, les dieux de la force ».
2. La construction du four-voiture et la cuisson, supervisées par le céramiste Christophe Léger
Une Fiat 600 rouillée trônant depuis des années au sommet d'une pile de voitures dans un garage à Gien, est progressivement transformée : nettoyage de la carcasse ; installation d'une sole en brique, positionnement des quatre alandiers, des deux cheminées, des plots réfractaires ; déplacement de la carcasse sur son support de cuisson ; fixation de grillage sur les ouvertures ; couverture de la carcasse de draps imbibés de barbotine ; placement de grandes plaques réfractaires sur le toit. La première cuisson a duré presque 24h et la température a plafonné autour de 800 degrés. Le four-voiture n'était pas suffisamment étanche. La projection en temps réel de la caméra thermique sur le four nous a permis de suivre le comportement de la chaleur à l'intérieur. Pour la seconde cuisson, l'intérieur de la voiture a été tapissé de fibre pour une meilleure étanchéité. Cette fois-ci, la température est montée à 1050 degrés !